Madame Alacoque est vite débordée ; elle ne peut suffire à tout et peu à peu elle entre dans une grande sujétion vis à vis de sa belle-famille. Toutes ces épreuves bouleversent la petite fille, qui mettra de longues années à s’en remettre. Dans sa mémoire cela reste comme un temps très long et très noir.Enfin au bout de quelques mois, qui lui ont paru être des années, voilà Marguerite pensionnaire. là, elle est heureuse, elle étudie – et elle en a soif – elle est avec des enfants de son âge, et surtout elle est chez des sœurs : les Clarisses Urbanistes de Charolles donnent l’enseignement aux petites filles.Sa piété trouve en ce lieu les moyens d’expression et les enseignements auxquels elle aspirait : « J’avais grande envie de faire tout ce que je voyais faire aux religieuses » (A § 5). Celles-ci se rendent bien compte de sa précocité, et lui font faire, avec deux ans d’avance, sa première communion. Ce qui comble ses vœux, et désormais elle cherche à vivre dans un profond recueillement.

“ Sa mère l’envoya chez les Religieuses Urbanistes de Ste Claire de Charolles, où elle apprit à lire et écrire en perfection, où, s’étant attiré l’amitié de toute la Communauté, entre autre de celle qui l’enseignait, elle fut sollicitée par toutes les insistances possibles d’y rester ”, si bien que la famille dû faire deux fois le voyage à Charolles pour que les sœurs consentent à la laisser partir. (témoignage de Chrysostome Alacoque, son frère aîné, en Gauthey I p. 586)Elle reverra ces sœurs plus tard, notamment à 23 ans quand on sut qu’elle était décidée à entrer dans un monastère : sa famille la contraignit alors à en voir plusieurs. “Il me fallut encore aller voir ces religieuses où j’avais demeuré à l’âge de huit ans, ce qui me fut encore un rude combat à soutenir. Car elles me firent entrer, en me disant que j’étais leur enfant, et pourquoi je les voudrais quitter, puisqu’elles m’aimaient si tendrement ; qu’elles ne pouvaient me voir entrer à Sainte-Marie, sachant bien que je n’y persévérerais pas. Je dis que je voulais essayer, et elles me firent promettre de retourner chez elles lorsque j’en sortirais ; car elles savaient bien, disaient-elles, que je ne m’y pourrais jamais accoutumer.” (Mémoire Autobiographique § 33)Il n’y a pas meilleure preuve que c’était une enfant sociable, agréable et équilibrée. Si cela n’avait été, on se serait vite débarrassé d’une pensionnaire de caractère difficile lorsqu’à 10 ans elle est tombée malade. Ces Clarisses-Urbanistes la connaissaient bien, et pour vouloir la convaincre ensuite d’entrer chez elles il fallait qu’elle fut sage et aimable. Aucune communauté ne chercherait à s’adjoindre pour la vie entière une jeune fille dont on connaîtrait le déséquilibre humain et/ou spirituel. De nombreux autres témoignages confirmeront par ailleurs son équilibre.

Mais hélas, l’année d’après Marguerite tombe malade ; l’enfant a été bien trop bousculée par les événements si durs qu’il lui a fallu vivre ; et cette maladie étrange la cloue au lit : la voilà grabataire ! Peu à peu les Sœurs doivent se rendre à l’évidence : elles ne parviennent pas à la soigner. À grands regrets, elles la rendent à sa famille.