La petite Marguerite chevauche la campagne, bien calée dans les bras de son papa… Le château de sa marraine est à 5 kms.“C’est chez ma marraine qu’on va ? J’aime bien, elle m’apprend à lire et me raconte toutes les histoires de Jésus.”Il n’y a pas d’enfants au château de Corcheval, mais Marguerite est une petite fille très éveillée qui écoute beaucoup et cherche à comprendre les conversations des adultes. À 4 ans elle fait un séjour prolongé chez sa marraine ; elle y sera partiellement élevée ensuite. Pour la première fois, l’enfant y entend parler de vie consacrée à Dieu et de voeux religieux : depuis plusieurs années la fille de sa marraine est une moniale cloîtrée, à la Visitation Sainte-Marie de Paray-le-Monial. Le cœur de la petite fille s’éveille alors à tout ce qu’on lui dit de Dieu. Elle est comme aimantée vers la chapelle du château, proche de quelques dizaine de mètres ; elle s’y réfugie souvent car elle sait que Jésus est là, présent dans le Saint-Sacrement. Et elle lui parle longuement dans sa spontanéité d’enfant. Une fois même, elle lui donne définitivement son cœur, ne voulant plus vivre que pour lui.

« Et sans savoir ce que c’était, je me sentais continuellement pressée de dire ces paroles : « Ô mon Dieu, je vous consacre ma pureté et je vous fais vœu de perpétuelle chasteté. » Et je les dis, une fois, entre les deux élévations de la sainte messe …/… Je ne comprenais point ce que j’avais fait, ni que voulait dire ce mot de vœu, non plus que celui de chasteté. » (Mémoire Autobiographique. § 2)On a parfois glosé sur un vœu de virginité pour une enfant qui ne savait évidemment pas ce qu’il représentait. Mais on oublie souvent de préciser qu’à l’âge adulte elle sera bien consciente que ce “vœu” ne l’engageait pas … C’est un autre vœu qui lui fut sujet d’inquiétudes quand sa famille voudra la marier (alors qu’elle-même n’y aspirait pas du tout) : celui qu’elle avait fait à la Sainte Vierge avant sa guérison, à 14 ans. Mais même celui-là elle comprit qu’elle pourrait s’en faire relever par l’Église ; et elle acceptera de rencontrer plusieurs jeunes gens qui auraient aimé faire des projets, cela à l’époque où l’on voulait la convaincre qu’elle allait désespérer sa mère si elle refusait de se marier.De tout cet épisode l’important est d’admirer comment le Seigneur dialoguait, dans son cœur, avec cette toute petite fille. Car plus tard, vers ses 18 ans, il lui révèlera : « C’est que j’ai envie de te faire comme un composé de mon amour et de mes miséricordes …/… Je t’ai choisie pour mon épouse et nous nous sommes promis la fidélité, lorsque tu m’as fait vœu de chasteté. C’est moi qui te pressais de le faire. » C’est ainsi que le Seigneur peut parler au cœur des tout-petits, dès lors qu’on leur a appris à se tourner vers Lui…