Son père compte beaucoup pour elle. Or un soir d’hiver il rentre exténué et frigorifié, il se met au lit, et c’est pour ne plus se relever. Huit jours plus tard, il est dans la tombe. Ce n’est hélas que le début de grosses épreuves…- Où est Maman ? – Ta maman est très fatiguée. Elle est partie voir si tes frères ne pourraient pas être accueillis comme pensionnaires chez Mr le Curé de St-Mayeul et y étudier. – Et moi, qui va me faire l’école ? – Bah ! on verra ça plus tard. Est-ce que je suis allée à l’école, moi ? – Je voudrais aller chez ma marraine. – Oh, pour ça ma petite, faut plus que tu comptes là-dessus ! Ta marraine est partie se remarier, et c’est bien loin d’ici. Elle ne reviendra plus à Corcheval, ça m’étonnerait que tu la revoies un jour ! Marguerite avait commencé à étudier, précisément chez sa marraine, mais à l’époque on s’occupe d’abord des garçons et il y a bien peu de choses possibles aux filles…

Son père a beaucoup compté pour elle : bien plus tard lorsqu’elle devra écrire ses souvenirs, c’est la figure paternelle qui vient spontanément à son esprit pour décrire sa relation à Dieu : « Ce souverain Bien de mon âme venait à mon secours, et comme un bon Père me tendait les bras de son amour, en me disant : “Tu connais donc bien que tu ne peux rien sans moi”, ce qui me faisait fondre de reconnaissance » (A § 71). On peut mesurer là l’importance de cette figure paternelle dans sa petite enfance.Mais ce n’est pas tout de suite qu’elle a osé regarder Dieu comme son “bon Père”. En ce temps-là, et tout autour d’elle, on craint Dieu comme celui qui juge toutes nos actions, bien plus qu’on ne l’aime et que l’on s’en sait aimé. L’époque est rude : on sort de 20 ans de guerres ; on a connu la famine, la peste et le typhus ; les guerres de religions sont encore dans les esprits (et la Bourgogne y a été particulièrement éprouvée) ; la médecine est très rudimentaire, on meurt à tout âge (4 de ses frères et sœurs mourront avant l’âge adulte). Les malheurs subis sont vite regardés comme des châtiments du ciel. On considère qu’il faut “faire son salut” car Dieu punit et l’on craint l’enfer…La découverte de Dieu tendant les bras à chaque homme et désirant le relever de toutes chutes sera précisément le message de Paray-le-Monial. Il est conforme à l’Évangile, mais avait été bien oublié.