Au mois d’août 1681, le Père Claude La Colombière est de retour à la résidence des Jésuites de Paray. Mais ses activités seront très limitées.Sa mission en Angleterre a été tristement interrompue 2 ans plus tôt. Les Anglais devenus d’une hostilité farouche, les catholiques subissent une persécution frénétique. Tant que la diplomatie l’exigeait, le poste de prédicateur de la duchesse d’York avait été toléré. Mais le Père La Colombière avait un trop grand zèle d’apôtre … Intrigues et calomnies s’en mêlant, il a connu un temps de prison très rude, au déni de toute justice. Banni d’Angleterre fin 1678, il a manqué de peu de partager le martyre d’une dizaine de confrères jésuites. Il a pu regagner la France mais sa santé est détruite. Après avoir passé 2 ans à Lyon, auprès de jeunes jésuites en formation, il faut se rendre à l’évidence : ses forces déclinent toujours. Il a néanmoins pu avoir une grosse influence sur ses étudiants, les a conduit vers le Cœur de Jésus… et leur a parlé (sans la nommer sans doute) de la sœur Marguerite-Marie !

Ste Marguerite-Marie cherchera tout au long de sa vie à passer inaperçue, et que seul soit connu le Cœur de Jésus. Mais voilà que Dieu lui-même n’est pas d’accord. Elle reçoit l’ordre formel d’écrire …

« Il me faut faire une extrême violence en écrivant ceci. Je l’avais toujours tenu caché avec tant de soin et de précaution pour l’avenir, tâchant même de n’en conserver aucune idée dans ma mémoire. Mais il m’a dit : « Il n’en sera ni plus ni moins pour toutes tes répugnances ; il faut que ma volonté s’accomplisse. – Mais, hélas ! mon Dieu, comment me souvenir de ce qui est passé depuis plus d’environ vingt-cinq ans ? – Ne sais-tu pas que je suis la mémoire éternelle de mon Père céleste, dans laquelle le passé et le futur sont comme le présent ? Écris donc sans crainte tout, suivant que je te dicterai. Je te promets d’y répandre l’onction de ma grâce, afin que j’en sois glorifié.« Premièrement, je veux cela de toi pour te faire voir que je me joue, en rendant inutiles toutes les précautions que je t’ai laissé prendre pour cacher la profusion des grâces dont j’ai pris plaisir de t’enrichir.« En second lieu, pour t’apprendre que tu ne dois point t’approprier ces grâces, ni être chiche de les distribuer aux autres, puisque j’ai voulu me servir de ton cœur comme d’un canal pour les répandre selon mes desseins, comme je te le ferai voir dans la suite.« Et en troisième lieu, c’est pour faire voir que je suis la Vérité éternelle, qui ne peut mentir ; et que les grâces que je t’ai faites peuvent souffrir toute sorte d’examens et d’épreuves. » (Mémoire Autobiographique § 10)“ Je vous raconte ses bienfaits : il m’a toujours fait voir qu’il ne me les donnait pas seulement pour moi, mais pour les distribuer aux autres ” (4ème lettre au P. Croiset)

Le Père La Colombière a en effet parlé autour de lui : en Angleterre, aux Jésuites et personnes spirituellement dirigées. Il a parlé suffisamment pour éveiller un intérêt bien intrigué : mais où est cette personne de qui le Père tient tout ça ? Et voilà que maintenant il s’emploie à la faire connaître (sans dire toutefois qu’elle est bénéficiaire des apparitions). Mais aussitôt sa mort il y aura l’involontaire indiscrétion au sujet de la “grande apparition”. Puis le P. Rolin commandera à Sr Marguerite-Marie de lui mettre par écrit son expérience spirituelle. Puis Jésus lui demandera de s’adresser au Père Croiset. Le Seigneur va se servir ainsi des P. Jésuites pour que soit connue sa vie exceptionnelle.

À Paray, il est gravement malade. Mais son ascendant rayonne sur de nombreuses personnes. Trop fatigué, avec Sr Marguerite-Marie il aura surtout des échanges épistolaires ; plusieurs fois pourtant il pourra s’entretenir avec elle au parloir. Il prend à cœur la re-fondation de l’hôpital de Paray, qu’il avait amorcée en 1676, et n’hésitera pas à désigner Sr Marguerite-Marie comme conseiller spirituel pour prendre sa suite. Lui-même saura quitter son propre jugement devant les conseils qu’elle lui donne, notamment pour la vocation de Mademoiselle de Lyonne ; même en ce qui le regarde personnellement.