Et dans la famille plus rien ne sera comme avant …«Je perdis mon père fort jeune, et comme j’étais unique de fille (une sœur ainée et une cadette sot mortes en bas âge) et que ma mère demeurait très peu au logis, par ce moyen j’ai été élevée jusqu’à l’âge de huit ans et demi sans autre éducation que des domestiques et villageois». (A § 4)
La mort de son père marque l’écroulement de l’univers de son enfance, aggravé encore par le départ de sa marraine. Et maintenant le foyer est disloqué, les grands frères au loin, l’habitation et les objets familiers perdus, sa mère accaparée par d’âpres soucis financiers. Et Marguerite se trouve plongée dans un autre monde, qui heurte de front son éducation jusque-là assez raffinée.
– J’ai pas mon mouchoir…
– Tiens donc ! Parce qu’il faudrait un mouchoir à Mademoiselle maintenant ! Fais comme tout le monde, voyons : tu te mouches dans les doigts et tu essuies tes mains au tablier, tout simplement !
– Mais c’est toutes nos affaires, là dans la cour ! et ça, c’est tous nos meubles !! Mais qu’est-ce que ça veut dire ???
– Mais oui ! c’est l’oncle Toussaint qui s’installe maintenant dans le Pavillon. Vous, vous allez en face dans la grande salle commune, et on va vous trouver une chambre. (Car dans ce domaine resté en indivis, « on s’arrange en famille »… si l’on peut dire !!!)
Le choc est tel qu’il lui semble presque n’avoir rien connu d’autre … Et voilà donc Marguerite et le petit Jacques seuls avec leur mère. Ou plutôt avec leurs tantes puisque leur mère est si souvent absente.

