Adolescente en grande souffrance ”… car souvent elle n’arrive pas à se vaincre, et la solitude dans laquelle elle se réfugie paraît bien être dérobée à son devoir d’état. Elle fait l’expérience de sa fragilité : c’est plus fort qu’elle ! Elle restera marquée par de fortes tendances à l’introspection. Le Christ, la vie monastique, l’en libèreront plus tard, mais que de combats en perspective. On lui reproche sa délicatesse, et elle se la reproche elle-même. De cette expérience découlera la lutte qu’elle va mener contre sa sensibilité extrême.

La ferme des Janots possède du bétail, abondamment ; de plus les métayers des alentours doivent tous, et tout au long de l’année, lui livrer des fromages. C’est la nourriture essentielle des campagnes à l’époque.

Le fromage est indéniablement un témoin privilégié du combat spirituel de Ste Marguerite-Marie ! Plus tard, quand elle sera novice, il lui vaudra une expérience fondatrice que nous verrons en son lieu.

– Allez ! taille-toi un bout de fromage
– Je ne peux pas…ça me fait mal au cœur…
– Regardez donc ! La voilà MADEMOISELLE-LA-DÉGOÛTÉE ! Tu n’as plus qu’à manger ton pain sec, alors. Parce que ce soir c’est soupe-pain-fromage !

Ce reproche Marguerite va l’entendre durant de longues années. Elle, sa mère et ses frères ne mangeaient jamais de fromage, on peut parler d’un cas d’allergie héréditaire. Peut-être l’aliment représentait-il pour eux cette culture campagnarde qu’ils rejetaient d’instinct ?…D’être traitée de délicate et dégoûtée, l’atteint profondément : ne sera-t-elle donc pas capable de se dépasser pour l’amour du Seigneur ? Ce sera l’occasion pour elle d’un rude combat. Car elle veut ne reculer devant rien de ce que pourrait réclamer d’elle l’amour de Dieu et du prochain. Alors elle s’entraînera pour vaincre ses répugnances. Elle le fera par des recherches de mortifications physiques qui sont sans doute excessives et parfois imprudentes. Nous savons cela aujourd’hui ; à cette époque on n’en avait pas conscience.

Or elle entendra bien des propos railleurs, même gouailleurs à la limite de la méchanceté ; la jeune fille en est profondément heurtée, blessée…

– Alors, ma jolie, paraît qu’on veut sa robe maintenant ? !
– Mais elle est très bien en blouse, tiens, c’est qu’elle ne veut pas travailler !
– Ah oui ! ça ne lui a pas suffit pendant 3 ans d’être une bouche inutile ! Faudrait continuer à ne rien faire peut-être, …pour aller courir les églises, soit-disant !
– Dis plutôt pour aller courir les garçons ! N’est-ce pas, ma fille, avec tous ces beaux gars qui tournent autour de toi ?!
– Tranquille, sa robe elle l’aura dimanche : pour l’instant elle est sous clé.
– Tiens donc, la voilà qui pleure ! c’est bien pour ça le coup de la robe : trop déçue de manquer un rendez-vous galant, pas vrai ?
– Et ce matin tu n’as même pas été capable de peigner tes deux cousines. Et les petits qui ne sont pas encore habillés à l’heure qu’il est !

Généreuse, oui pourtant elle l’est ! Et même sans mesure parce qu’elle aime ; mais comment endurer constamment injustices et malveillances ? … Et c’est avec la culture et les connaissances qui sont les siennes qu’elle va combattre, avec vigueur, les tendances qui lui sont reprochées.