Mais le Seigneur veille. Fin février 1675 est envoyé à la résidence des Jésuites de Paray-le-Monial le Père Claude La Colombière, jeune religieux qui vient de prononcer ses vœux solennels (34 ans, jésuite depuis 15 ans). C’est un fort brillant sujet, et on en parle dans la ville. Melle de Lyonne – elle deviendra plus tard Visitandine – interroge le supérieur de la résidence des jésuites à Paray : « Comment se fait-il que le Père La Colombière ait été envoyé ici, et non pas dans quelqu’un de vos célèbres collèges ? » Réponse : « C’est en faveur d’une âme de choix qui avait besoin de sa conduite ».

On comprend par cet épisode que l’embarras de la supérieure était connu hors du monastère, parmi les religieux et divers pères spirituels. Consultés, ils avaient jusque-là déclaré tromperies de la nature ou du démon les paroles intérieures, visions et sentiments de présence du Christ, rapportés par la jeune sœur Marguerite-Marie. Mais, d’un autre côté, la Mère de Saumaise constatait au quotidien que celle-ci était parfaitement pieuse, humble, toujours effacée, discrète, obéissante, religieuse en tout… Qui devait-elle croire ?

La Mère a d’abord écrit à d’autres supérieures de monastères pour demander conseil ; puis elle en a parlé avec les Pères Jésuites de Paray … Or le Provincial des Jésuites, le Père de La Chaize (qui deviendra peu après le célèbre confesseur de Louis XIV) doit en ce temps-là remplacer le supérieur de la résidence de Paray ; celui qui va quitter le poste ne manque pas de l’avertir qu’un « cas difficile » de discernement attend son successeur… Et c’est ce qui motivera le choix du Père La Colombière, dont la finesse spirituelle est bien reconnue. En arrivant à Paray celui-ci a donc parfaitement connaissance qu’on l’attend sur cette question-là, ce qui explique son attitude, dès l’abord, avec Sœur Marguerite-Marie.(cf. Georges Guitton, S.J. : «le Père de La Chaize» t. 1 p. 29-30)

Le Père Claude La Colombière (St Claude depuis 1992) sera pour elle d’un grand réconfort, il la lance à pleines voiles sur les chemins de la confiance en Dieu. De son côté aussi, Sœur Marguerite-Marie sera pour lui l’occasion de beaucoup de grâces.

Quant à Sœur Marguerite-Marie, tout en ne parlant pas du tout à ses sœurs d’apparitions, elle cherchait néanmoins à faire connaître et aimer le Cœur de Jésus, pour répondre aux désirs manifestés par le Seigneur … n’imaginant pas encore être toute seule à connaître ces ferveurs et pensant que ses Sœurs seraient toute prêtes à les accueillir. Il fallut que le P. La Colombière l’en détrompe, et lui apprenne la longue patience des réalisations.

Il est là pour la rassurer. Jésus le lui a promis : “Je t’enverrai mon fidèle serviteur et parfait ami.” (Cr 3ème) De même il est là pour rassurer ses supérieures. Mais à la première confession le Père la garde 1 H ½ au confessionnal… pendant que les autres attendent leur tour, cela malgré tout ce qu’elle lui dit du dérangement qui va être causé à la communauté. Voilà bien de quoi alimenter les mauvaises langues !

Un jour, au moment de la sainte communion, “ [Jésus] me montra son sacré Cœur comme une ardente fournaise, et deux autres qui allaient s’y unir et s’y plonger, me disant : « C’est ainsi que mon pur amour unit ces trois cœurs pour toujours. » “Il me fit entendre que cette union était toute pour la gloire de son sacré Cœur, dont il voulait que je lui découvre les trésors, afin qu’il en fasse connaître et en publiât le prix et l’utilité ; et que pour cela il voulait que nous soyons comme frère et sœur” (A § 82).

Les amitiés entre les saints ont souvent un caractère étonnant, et très touchant. Sa supérieure de l’époque n’hésitera pas plus tard à témoigner : « Quand le Révérend P. La Colombière mourut, cette chère sœur perdait en lui le meilleur ami qu’elle eût au monde ».