Le 06/11/1672 elle est admise à prononcer ses vœux : c’est la profession solennelle, qui l’engage pour la vie entière. Or elle a bien failli ne pas y parvenir… Car, voulant vivre parfaitement l’obéissance religieuse, don d’elle-même pour prouver son amour au Seigneur, elle a remis à sa maîtresse des novices et à sa supérieure tout ce qu’elle pense recevoir dans la prière, au fur et à mesure. Et celles-ci s’inquiètent. Elles ont par ailleurs des preuves que ce n’est pas inventé par elle. Mais alors d’où cela vient-il ? « Hélas ! mon Seigneur, vous serez donc la cause que l’on me renverra ? » (A § 43)
On ne la croit pas… «On» ici ce n’est pas sa communauté. Car jusqu’en 1684 (et encore ce ne fut que par des circonstances vraiment fortuites) ses sœurs ignoreront tout des apparitions dont elle est favorisée. Seuls sont au courant ses supérieures, ses confesseurs, les «personnes de doctrine» auxquelles supérieures et confesseurs lui demandent de s’adresser par sécurité, pour ne pas risquer d’être l’objet d’illusions… Et précisément, pendant longtemps ces dernières ne la crurent pas et ce fut pour elle une grande épreuve : on lui assure qu’elle est victime des tromperies du démon ! !
De surcroît, bien malgré elle, elle suscite autour d’elle l’étonnement – et certaine inquiétude – en paraissant aux yeux de toutes si recueillie, si absorbée en Dieu : ne seraient-ce pas simagrées de cette jeune novice, puis jeune professe, pour se faire remarquer et admirer ?… La communauté, pour lors, est composée de sœurs matériellement observantes, mais dont plusieurs y sont entrées plus par vanité (n’avoir pas assez d’argent pour le beau mariage dont on aurait rêvé !) que par véritable appel de Dieu. Celles-là se permettent de jaser et la font souffrir.

