Le 06/11/1672 elle est admise à prononcer ses vœux : c’est la profession solennelle, qui l’engage pour la vie entière. Or elle a bien failli ne pas y parvenir… Car, voulant vivre parfaitement l’obéissance religieuse, don d’elle-même pour prouver son amour au Seigneur, elle a remis à sa maîtresse des novices et à sa supérieure tout ce qu’elle pense recevoir dans la prière, au fur et à mesure. Et celles-ci s’inquiètent. Elles ont par ailleurs des preuves que ce n’est pas inventé par elle. Mais alors d’où cela vient-il ? « Hélas ! mon Seigneur, vous serez donc la cause que l’on me renverra ? » (A § 43)

Il est en effet fréquent de rencontrer des “manifestations mystiques” qui n’en sont pas. Ex. : dès que les apparitions de Lourdes furent connues, soudain des dizaines de petites filles ont ainsi imaginé ou prétendu voir la Sainte Vierge … Chaque fois l’imposture a été vite démontrée.

Mais Sœur Marguerite-Marie donnait, par son attitude dans la vie de tous les jours, toutes les garanties souhaitables de son entière sincérité ; et elle donnait aussi beaucoup de signes de véritable vertu chrétienne et religieuse : constamment ses supérieures ont testé son obéissance, son humilité, ont été les témoins de sa grande charité envers toutes, de sa délicatesse dans les rapports communautaires, de sa disponibilité … Et en même temps, depuis les premiers jours, il y avait des choses inexplicables. Quel ne fut pas leur étonnement, par exemple, alors que Marguerite-Marie venait d’entrer et n’avait pas encore appris un seul mot de latin, de l’entendre leur réciter des versets entiers de psaumes par lesquels elle disait avoir été réveillée ce matin-même. Quand on en vint aux paroles du Seigneur lui-même, aux visions proprement dites, elles craignirent plus d’une fois qu’il ne s’y cache de l’illusion, voire des phénomènes diaboliques. On comprend qu’elles aient cherché par tous moyens à se faire aider dans leur discernement. En tout cela elles ont montré prudence et sagesse.

Elles étaient d’ailleurs des femmes expérimentées, ayant gouverné d’autres monastères et formé de nombreuses novices. Et tout compte fait, elles furent pour Sœur Marguerite-Marie d’un grand soutien et réconfort.

On ne la croit pas… «On» ici ce n’est pas sa communauté. Car jusqu’en 1684 (et encore ce ne fut que par des circonstances vraiment fortuites) ses sœurs ignoreront tout des apparitions dont elle est favorisée. Seuls sont au courant ses supérieures, ses confesseurs, les «personnes de doctrine» auxquelles supérieures et confesseurs lui demandent de s’adresser par sécurité, pour ne pas risquer d’être l’objet d’illusions… Et précisément, pendant longtemps ces dernières ne la crurent pas et ce fut pour elle une grande épreuve : on lui assure qu’elle est victime des tromperies du démon ! !

De surcroît, bien malgré elle, elle suscite autour d’elle l’étonnement – et certaine inquiétude – en paraissant aux yeux de toutes si recueillie, si absorbée en Dieu : ne seraient-ce pas simagrées de cette jeune novice, puis jeune professe, pour se faire remarquer et admirer ?… La communauté, pour lors, est composée de sœurs matériellement observantes, mais dont plusieurs y sont entrées plus par vanité (n’avoir pas assez d’argent pour le beau mariage dont on aurait rêvé !) que par véritable appel de Dieu. Celles-là se permettent de jaser et la font souffrir.