Fin janvier 1682, le Père Claude La Colombière, toujours dans la communauté des Jésuites de Paray, est très malade. On voudrait qu’il revienne sur Lyon pour mieux l’y soigner. Son frère vient le chercher avec une voiture à cheval (dite “confortable” !) Or sœur Marguerite-Marie lui fait parvenir un message au dernier moment : « le Seigneur m’a dit qu’il veut le sacrifice de votre vie dans ce pays.» (G I 499)Avec l’accord de son supérieur le Père annule le voyage. Deux semaines plus tard, à l’âge de 41 ans, il entre dans son éternité.

Le Père Claude La Colombière meurt donc à Paray le 15 février 1682. Et Sr Marguerite-Marie se soucie alors du billet qu’elle lui avait fait remettre fin janvier : elle y donnait l’assurance des paroles du Seigneur le concernant, et elle ne veut surtout pas laisser en mains étrangères un écrit qui prouverait quelque fait surnaturel arrivant par son intermédiaire. Elle envoie donc une amie prier le supérieur des Jésuites de lui rendre le papier. Mais le P. Bourguignet ne l’entend pas de cette oreille. Il veut bien le montrer à la commissionnaire, et le lui lit ; mais il lui déclare “qu’il lâcherait plutôt toutes les archives de la maison que de rendre ce billet !” (dépositions à la procédure de 1715, en vue de la canonisation, Gauthey I 499-500)

Voilà qui est très parlant de l’estime que, dès ces années-là, certains jésuites portaient à Sr Marguerite-Marie. Ceux de Paray savaient. Les jeunes de Lyon, dont le P. Claude avait été chargé l’année auparavant, eux aussi savaient son existence ; très probablement sans connaître son nom, ni à quel monastère, ni même quel ordre, elle appartenait. Dans son ardeur à faire connaître et aimer le Cœur de Jésus, et aussi par la vénération qu’il portait à “la sœur Alacoque”, le Père avait largement parlé d’elle, anonymement, partout où il passait, ou écrivait. Les Jésuites cependant ne partageaient pas tous d’emblée ces sentiments : le P. Ignace Rolin était très prévenu contre elle lorsqu’il viendra à Paray ; or dès le premier entretien qu’il eût avec elle il changea d’avis. Et c’est à lui que nous sommes aujourd’hui redevables du précieux « Mémoire Autobiographique ».(Gauthey I 229)

C’est bien au nom du Seigneur que Sainte Marguerite-Marie lui a communiqué ce message. Mais au moment où ils y obéissent ni lui ni elle ne sont en mesure de connaître le sens que Dieu donne à l’événement. Aujourd’hui nous savons, car c’est ainsi que Paray-le-Monial est devenue la ville des 2 saints : ils y reposent après s’être mutuellement entraînés sur les chemins de la sainteté. C’est un signe fort pour les milliers de personnes qui y convergent chaque année, pour toutes les associations et congrégations religieuses qui s’y rattachent …

Quand le Révérend Père la Colombière mourut, cette chère Sœur perdait en lui le meilleur ami qu’elle eût au monde. Elle ne se troubla ni inquiéta nullement, parce qu’elle aimait ses amis pour la gloire de Dieu et pour leur avancement propre en son divin amour et non pour son intérêt d’elle-même …/… Elle me dit d’un air doux et content : « Ma chère Mère, il est en état de prier Dieu pour nous, étant bien placé dans le ciel, par la bonté et miséricorde du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.» (mémoire de sa supérieure M. Greyfié)