Mars 1684, parution posthume des œuvres du P. La Colombière, dont “La retraite spirituelle” (rédigée à Londres en 1677). Or cette retraite contient à la fin le récit de la grande apparition de 1675, cité anonymement par le Père. Ses confrères Jésuites avaient en effet collationné et publié sans hésitations les écrits retrouvés épars après sa mort.

Quelques mois après parution, on lit au réfectoire ce texte. Les sœurs sont très attentives, il s’agit de leur ancien confesseur, prédicateur, et même directeur spirituel pour plusieurs. Le Père y parle sans cesse “d’une personne extrêmement familière avec Dieu” qui lui a communiqué des paroles du Seigneur lui-même, paroles qu’il l’a obligée de lui remettre par écrit. Et voilà qu’abasourdies, elles entendent soudain en détail la “grande apparition” du Cœur de Jésus ; elles y reconnaissent tout de suite des expressions familières à Sr Marguerite-Marie : “rendre amour pour amour”, et l’on sait bien que celle-ci a eu de forts longs entretiens avec le Père. Alors… c’est elle ! On la regarde, elle paraît effectivement anéantie dans une affreuse confusion, plus aucun doute !

On juge des autres d’après ce que l’on est soi-même, n’est-ce pas ? Jusqu’à cet incident, aucune sœur n’aurait imaginé que Sr Marguerite-Marie puisse avoir une vocation aussi particulière, aussi exceptionnelle … Sûr, on se posait des questions, elle n’était pas comme tout le monde et ça en dérangeait plusieurs. Certaines l’admiraient pour ses grandes qualités, de piété, de douceur, de fraternité particulièrement serviable, d’humeur toujours égale à elle-même témoignant d’une joie paisible quoiqu’il arrive… D’autres s’agaçaient précisément de tant de perfection dans la vie religieuse. On n’y avait pas vraiment cru : il devait sûrement y avoir une part de pose, le désir de paraître mieux que les autres. Et puis on se remémorait l’épisode difficile à “avaler”, ce 20 novembre 1677 où elle avait transmis – au nom du Seigneur disait-elle – une réprobation devant les multiples manques à l’amour fraternel. Alors, c’était donc vrai ?

Il fallait quand même admettre qu’elle s’était, depuis le début, montrée singulière ! Pourquoi lui fallait-il, à elle, rencontrer au parloir des religieux “importants”, le P. La Colombière et autres, cela plus que ses sœurs et surtout bien plus longtemps ? Pourquoi utiliser tous ses temps libres en adoration au chœur ? personne ne le fait à ce point-là ! En bref, elles n’étaient pas toutes prêtes à admettre qu’une “sainte” vivait parmi elles …

Même si de notables changements s’étaient déjà faits dans la communauté, pour tout un petit groupe il faudra du temps encore. Mais l’épisode contribue à ouvrir les yeux.

Quant à Sr Marguerite-Marie, sa seule hantise est que soit connu ce qui la concerne et qu’on se méprenne sur sa vie à elle et les “mérites” qui lui seraient propres : à ses yeux il n’y en a pas ! Tout est don gratuit de l’amour du Seigneur. Que le Cœur de Jésus soit aimé et honoré, et qu’elle même demeure ensevelie dans un éternel oubli, ce sont là ses seuls souhaits. Pour aujourd’hui, c’est franchement raté !

Toutes ignoraient jusque-là que Sr Marguerite-Marie ait pu avoir des apparitions … Et qu’en plus un prédicateur Jésuite si unanimement reconnu ait pu y ajouter foi et en parler autant,jusque même en Angleterre !