Depuis de longues années, le soi-disant “hôpital de Paray” demeurait dans un état lamentable. Il n’y restait plus que 4 lits, fort négligés par ceux qui en avaient la charge, leur excuse étant la grande insuffisance de moyens financiers. Dès son 1er séjour, en 1676, le P. La Colombière s’en était ému, il s’était efforcé d’alerter les esprits. Revenant brièvement en février 1679, il avait «demandé aux notables de la ville qu’on résolut de faire quelque chose». (P I 562).

Or voilà que Sr Marguerite-Marie, alors maîtresse des pensionnaires, a reconnu une vocation chez certaines d’entre – elles, mais non pas pour la Visitation, bien plutôt des vocations hospitalières. Le Père parti, Sœur Marguerite-Marie prît la tutelle spirituelle de cet hôpital.

Elle conseilla à l’une d’aller se former auprès des Hospitalières de Beaune, les sœurs de Ste Marthe, dont elles prirent l’habit, et la règle. Celle-ci laisse voir quelques variantes qui font penser à la Visitation.

Une moniale cloîtrée regardée comme fondatrice d’un hôpital ? Voilà qui n’est sans doute pas courant. Pourtant 150 ans plus tard, la supérieure de cette congrégation de Paray transmettait toujours :“aimez bien votre sainte règle, n’y laissez rien altérer. C’est la vénérable Marguerite-Marie qui vous l’a donnée”. (M.F. Cucherat “les saints pèlerinages” 162)

Il est évident que Sainte Marguerite-Marie n’a pas écrit la règle de cette congrégation. Seulement, elle a insisté pour que l’on prenne celle des Hospitalières de Beaune. Et elle a suivi la question de près. Elle s’employa notamment à ce que l’Administration hospitalière signe un contrat avec trois de ses anciennes élèves, ce qui se fera début 1684.

Elle conseilla ensuite à d’autres de se joindre à elles, et d’aller se former auprès des Hospitalières de Beaune ; l’une d’elles devint la supérieure lorsque la fondation fut effective, au printemps 1690 par l’approbation de l’évêque. Le rôle de Sainte Marguerite-Marie aura été essentiellement d’animer les courages, de réconforter dans les difficultés prédites et rencontrées, qui ne manquèrent pas (d’où la lenteur de cette fondation). Et de prier !

Les premières supérieures, dès 1684, ont toujours été “extrêmement contentes de suivre ses bons avis, pour leur conduite particulière comme pour celle de la maison”. Le propre médecin de la communauté, le Dr Billet (qui a soigné Sr Marguerite-Marie dans toutes ses maladies) a œuvré activement à l’institution. Il témoigne avoir “consulté ladite vénérable Sœur Alacoque, par la confiance et l’estime qu’il avait en sa piété singulière, sur plusieurs choses qui concernaient l’établissement de l’hôpital de cette ville”. Tout ceci est extrait de la procédure de 1715 en vue de béatification : les dépositions y sont faites sous la foi du serment.

Une lettre de janvier 1686, nous apprend que Sr Marguerite-Marie commençait à être de plus en plus connue hors du monastère. Le Seigneur s’était servi d’une bonne occasion pour lui faire promettre de ne plus jamais refuser d’aller au parloir lorsqu’on l’y demandait, ni de répondre aux correspondants. Ce qui lui a été coûteux jusqu’à la fin de sa vie : cela diminuait fort le temps qu’elle pouvait passer en adoration, et c’était pénible pour elle de se voir ainsi mise en avant…