Voilà Marguerite écartelée entre ses anciennes promesses (mais après tout n’était-elle pas alors qu’une enfant, sans bien comprendre ce qu’elle disait ?) et ce qu’on lui présente aujourd’hui comme son devoir. C’est alors que Jésus va intervenir : Il lui fait comprendre qu’il « est le plus beau, le plus riche, le plus puissant, le plus parfait et accompli de tous les amants » (A § 24) et que c’est lui-même qui la poussait jadis à offrir totalement sa personne et sa vie. Comment le lui dit-il ? nous ne le saurons pas. Il ne s’agit sûrement pas à ce moment-là de visions comme en aura Ste Bernadette à Lourdes ou Ste Catherine à la Rue du Bac. Mais depuis sa petite enfance il est sûr que Marguerite a une sensibilité toute spéciale aux affaires de Dieu et perçoit mystérieusement ce qu’Il veut lui communiquer.

Si le “comment” nous échappe, la réalité, elle, nous est vérifiable. On applique à Ste Marguerite-Marie le critère de discernement que Jésus lui même a indiqué « vous reconnaîtrez l’arbre à ses fruits »(Matthieu 7, 20). Or dans son cas les fruits de son dialogue avec le Seigneur, tout au long de sa vie, sont bien visibles : les mouvements spirituels nés de ses enseignements ont traversé les siècles, atteint les extrémités de la terre, et touché des millions et millions de personnes. Ceci contre toute attente : il s’agissait en effet d’une petite moniale vivant cachée et ignorée de tous. Qui aurait jamais imaginé que ce qu’elle vivait, dans ses difficultés d’adolescente puis dans le silence d’un cloître, puisse produire de tels fruits ?

En appliquant la parole de Jésus, il faut bien reconnaître là une action de Dieu. Et donc la véracité de ce qu’elle en a confié, par obéissance religieuse, à ses supérieures et confesseurs.

Heureusement à cette époque Marguerite est fortifiée de la grâce sacramentelle de la Confirmation, et y devient “Marguerite-Marie” par sa volonté de se placer plus visiblement sous la protection de la Sainte Vierge. Dès lors elle n’hésite plus et déclare fermement sa vocation à sa famille.

À l’époque seul l’évêque donnait le sacrement de confirmation : il fallait attendre qu’il vienne dans la paroisse… quand on habitait un village, on pouvait tout aussi bien attendre durant quinze ans !