Au noviciat se trouvent alors plusieurs des anciennes élèves de Sr Marguerite-Marie, du temps où elles étaient au monastère en qualité de pensionnaires. Or la maîtresse des novices est bien malade et va bientôt mourir.

Jusque-là la supérieure a assuré l’intérim, mais maintenant il faut la remplacer. Et les novices lui réclament Sr Marguerite-Marie. Car elle est très aimée de ces jeunes, qui sentent bien qu’elle les entraîne sur les chemins de la vie avec le Seigneur. Elle est alors déchargée de ses fonctions d’assistante de communauté, pour pouvoir prendre en charge le noviciat.

Elle était naturellement judicieuse et sage et avait l’esprit bon, l’humeur agréable, le cœur charitable au possible ; en un mot, l’on peut dire que c’était un sujet des mieux conditionnés pour bien réussir à tout, si le Seigneur ne l’eût exaucée en sa demande d’être inconnue et cachée dans l’abjection et la souffrance » (mémoire de la Mère Greyfié son ancienne supérieure de 1678 à 1684)

De fait Ste Marguerite-Marie est passée par presque tous les «emplois» de la maison (on appelle ainsi les différentes fonctions dont peut être chargée une sœur dans le monastère) : “Elle les a tous exercés, à l’exception de celui de supérieure et de portière, avec la satisfaction et édification de la Communauté, qui était charmée de sa vertu, et se faisait un plaisir de lui voir occuper les plus importants.” (C § 231)

Ainsi elle a été plusieurs fois nommée «maîtresse des pensionnaires». Cet emploi était à la fois exigeant, car laissant bien peu de liberté (il fallait la nuit dormir dans leur dortoir, etc.) et c’était un emploi important pour le monastère : celui qui assurait les rentrées financières. À cause de l’astreinte continuelle (assurer le quotidien et les études de 14 enfants !) Sr Marguerite-Marie ne l’aimait pas, mais elle ne le laissait voir à personne ; et surtout pas aux jeunes, pour lesquelles elle était pleine de sollicitude et de ferme bonté. Elle y fut vraie éducatrice et les jeunes se sentaient bien accompagnées et fort à l’aise auprès d’elle.

À l’époque où il existait fort peu de possibilités pour l’enseignement des filles, quasi tous les monastères de tous ordres assuraient une fonction éducatrice. Les familles aisées, qui se faisaient souvent aussi bienfaitrices, y confiaient leurs enfants. Il aurait été hors de question de les mécontenter en nommant une maîtresse tant soit peu “bizarre” ou “spéciale”, ç’eût été mettre en difficulté les finances du monastère … Une preuve de plus de l’équilibre humain fondamental de Sr Marguerite-Marie.

La supérieure lui permet de parler souvent du Cœur de Jésus à ses jeunes. Les Fondateurs, St François de Sales et Ste Jeanne de Chantal, en parlaient déjà beaucoup. “ Elle commença sa charge par une consécration qu’elle fit au Sacré-Cœur et leur inspira de faire de même ”. (Gauthey I, 602)

Vous ne pouvez lui donner de plus forte marque d’amour, et qui lui soit plus agréable, que de le loger dans l’édifice qu’il s’est lui-même bâti, qui est votre cœur…/… où l’on chantera ce saint cantique:“ L’amour triomphe, l’amour jouit, L’amour du saint Cœur réjouit ! ” Soyons à jamais toutes au Bien-Aimé de nos âmes. (Avis LXXXVII, à ses novices)

Elle était comme un autre saint Jean, ses novices disaient agréablement qu’elle ne savait que le langage de l’amour (G I, 602)