C’est la Ste Marguerite : jour de fête pour le noviciat, qui entoure joyeusement sa maîtresse et cherche à lui faire plaisir. En grand secret, avec exceptionnelle permission de la supérieure, les novices s’y sont préparées une partie de la nuit : on passera toute la journée à célébrer et honorer le Cœur de Jésus !

“ le désir que le Cœur adorable de notre divin Maître avait d’être connu, aimé et honoré (…) demeura secret encore, plus de huit à neuf ans, et jusqu’à ce que son indigne esclave fut mise pour la direction de neuf ou dix jeunes novices ; lesquelles en ayant entendu parler, s’y portèrent avec tant d’ardeur à honorer ce divin Cœur, dont je leur donnai une image tracée avec une plume sur un petit morceau de papier, que cela leur fit faire beaucoup de progrès en leur perfection en peu de temps ”. (Cr 3ème lettre)

Voici l’image authentique. C’est le symbole qui compte pour Sainte Marguerite-Marie, bien davantage que la qualité artistique, le dessin est improvisé pour la circonstance : elle a simplement copié le cachet des lettres du monastère, y ajoutant les attributs qui en font le Cœur de Jésus (sur le cachet il s’agissait du cœur de la visitandine). C’est la 1ère image du Cœur de Jésus, conservée à la Visitation de Turin.

On voit sur ce tableau l’image posée sur l’autel du noviciat.

La fête du noviciat avait été préparée en plein accord avec la supérieure. Mais… on a commis l’imprudence de demander à quelques sœurs de la communauté si elles ne voulaient pas s’y joindre. Or un petit groupe de sœurs n’a pas fini sa conversion : on épie toujours les faits et gestes de Sr Marguerite-Marie, et cela donne lieu à des commentaires qui … ne devraient pas avoir cours en vie monastique. Ce jour-là l’affaire se complique. Aux yeux de certaines, et ces dernières sont ferventes et bien intentionnées, c’est une nouveauté dans laquelle la maîtresse entraîne ses novices : ce n’est pas ça qu’on attend d’une maîtresse, mais qu’elle transmette la tradition de l’ordre. Et ces sœurs zélées rejoignent celles qui murmurent. Pourtant dans les écrits des Fondateurs on trouvait déjà très souvent référence au Cœur de Jésus. Mais l’heure du Seigneur n’était pas encore venue…

L’affaire du renvoi

Voilà que se présente bientôt un nouvel événement, qui aura grand retentissement, non seulement au monastère mais dans toute la ville de Paray : Sr Marguerite-Marie ne veut pas admettre à la prise d’habit une toute jeune postulante dont elle connaît qu’elle n’a pas la vocation pour la Visitation. Or cette demoiselle est fille d’une des plus grandes familles de la région. De plus ces personnes se regardent comme parmi les principaux bienfaiteurs du monastère, et ne comprennent pas du tout qu’on ose écarter leur enfant. Ils essaient par tous moyens de faire pression, et font même intervenir le très puissant Cardinal Prince de Bouillon, Abbé commendataire de Cluny, qui est de leurs parents. Mais c’est de la responsabilité de la maîtresse et elle n’écoute que son devoir. On se répand alors en calomnies et l’affaire fait jaser toute la ville, d’autant qu’on a su (le livre du P. La Colombière) que c’est justement “la sœur qui a des visions” qui fait ces difficultés : la voilà donc traitée de folle, illuminée, visionnaire entêtée … Et naturellement cela se répercute sur l’atmosphère du monastère. Quant à elle, elle s’abaisse dans la plus profonde humilité, mais ne cède pas et reste en paix dans la tempête.

On peut admirer la force de caractère que cela représente ; il est utile de préciser que les compagnes de noviciat de la jeune fille étaient, elles, très favorables à ce renvoi.

On peut aussi admirer les voies du Seigneur, qui se joue de tous les obstacles quand vient son heure. Quelques mois après ce déchaînement, revirement de la communauté à l’égard du culte à rendre au Cœur de Jésus et à l’égard de Sr Marguerite-Marie.