Si les premières supérieures ont été fort prudentes avant d’admettre la réalité des Apparitions, il n’y en a pourtant pas une seule à s’être montrée défiante envers sœur Marguerite-Marie. Elle a été élue 3 fois de suite Assistante de communauté, vote majoritaire à bulletins secrets après proposition de la supérieure : chaque fois pour 3 ans, même si le 1er mandat s’est trouvé interrompu par sa nomination de maîtresse des novices, et le 3ème par sa mort. À noter de plus que les 2 supérieures précédentes, parties gouverner d’autres monastères, ont tenu chacune à rester en relation épistolaire avec elle toute sa vie, n’hésitant pas à lui demander conseil.

Peu à peu les sœurs qui s’opposaient à elle ont été gagnées. À présent la communauté dit : “ C’est un des sujets les mieux conditionnés pour réussir à tout.” (P I 456)

On peut mesurer par là l’inanité des propos de certains auteurs, notamment fin XIXè-début XXè siècle au moment de la virulente polémique anti-cléricale en France, et de l’irritation provoquée chez plusieurs par la construction de la Basilique du Sacré-Cœur sur la colline de Montmartre : en s’acharnant sur “Marie Alacoque”, comme ils disaient, ils ont voulu faire croire que ses supérieures et ses sœurs l’avaient considérée toute sa vie comme une personne déséquilibrée. Historiquement, c’est impossible à soutenir.Livres du temps, destinés à l’assistante, qu’elle a pu avoir entre les mains. Elle a été assistante une 1ère fois à la mi-mai 1684, puis en continu depuis mai 1687 jusqu’à sa mort.

Il est assez remarquable que le Seigneur ait prévu cette succession de supérieures pendant la vie de Sainte Marguerite-Marie ; elle n’est pas fréquente. Tant qu’on le peut, chaque communauté élit une supérieure dans ses propres rangs. Lorsqu’on prévoit un manque de sujets réellement éligibles, ne laissant pas possibilité aux sœurs d’un libre choix, alors seulement on peut demander secours à d’autres monastères. Ce que Paray a donc fait pendant… 6 triennats successifs ! c’est beaucoup pour un monastère fondé depuis 45 ans. Il n’est pas indifférent qu’à l’inverse sa maîtresse des novices et ses deux dernières supérieures (de 1684 à 1691) aient été, elles, professes de Paray, et nettement ses aînées, tant pour l’âge que pour les années de vie monastique.

On dirait presque que le Seigneur ait voulu prévenir toute objection possible :

1) soit d’un engouement de sa communauté : c’est excitant au bout du compte de voir reconnaître “une sainte” chez soi … alors des motifs humains ne pourraient-ils inciter à taire des aspects négatifs lorsqu’on entame la procédure de béatification ? Mais 3 supérieures venaient d’ailleurs.

2) soit l’objection de supérieures trompées par leur inexpérience ou leur manque de recul (vie cloitrée = vie en vase clos, aux yeux de certains ! ) ou encore abusées par l’indulgence de la vieillesse. Mais au contraire ce sont des femmes assez remarquables, rompues à des directions difficiles, et qui seront vite remises, dès qu’elles auront quitté Paray, en situation de gouvernement.

3) soit d’une reconnaissance de sainteté “fabriquée” par l’ordre sans que la communauté s’y sente vraiment impliquée ; mais il y a bien eu Sœur Thouvant, Mère Melin, et Mère de Lévy-Châteaumorand, toutes trois de Paray ; sans compter bien sûr les témoignages unanimes de contemporaines : en vie cloîtrée ça compte double !

À la dernière élection de supérieure, malgré qu’elle soit encore bien jeune par rapport à la coutume de ce monastère, elle avait même été, selon l’usage à l’époque, “mise sur le catalogue”. C’est à dire que l’évêque, la supérieure sortante et les 4 sœurs conseillères avaient décidé de la désigner dans le groupe des sœurs dont on reconnaissait la capacité à gouverner et pour qui l’on conseillait de voter. Mais Sr Marguerite-Marie avait supplié le Seigneur de ne pas permettre qu’elle soit élue …