La communauté est enfin touchée par la grâce de Dieu, et la longue patience de Sr Marguerite-Marie récompensée. Plusieurs sœurs s’étaient montrées jusque-là très opposées à cette “nouvelle forme de dévotion” ; or elle estimait beaucoup certaines d’entre elles particulièrement ferventes, cela la peinait d’autant.

Ce que proposait Sr Marguerite-Marie avait paru en effet très nouveau à ses sœurs : célébrer la fête du Sacré Cœur, les 1er vendredis du mois, etc. Et souvent le Seigneur avait dû l’encourager à persévérer, et la consoler devant les rejets et retardements :

“ Il [me] faisait entendre continuellement cette parole à l’oreille du cœur, parmi les difficultés et oppositions, qui ont été grandes dans les commencements de cette dévotion : « Je règnerai, malgré mes ennemis et tous ceux qui s’y opposeront ! » …/… Et plus on m’ôtait les moyens sur lesquels je m’appuyais, plus je me confiais et espérais en Dieu fidèle à ses promesses. ” (lettre au P. Croiset, Autographe, 10/08/1689)

À partir de la bénédiction de cette chapelle, et jusqu’à sa mort, Sr Marguerite-Marie verra bien des réalisations, même si elle n’en voit que le début. Images et prières au Sacré Cœur se répandent et sont diffusées par plusieurs monastères de la Visitation. Les Pères Jésuites s’y impliquent de plus en plus, notamment par des éditions (livre du Père Croiset) et celles-ci sont vite épuisées. Elle saura que le culte au Cœur de Jésus ( qu’elle appelle “dévotion” ) a atteint Malte et le Canada. En France, plusieurs évêques ont déjà donné leur approbation pour leur propre diocèse

Soudain, changement !

On apprend que les 2 anciennes supérieures, dans leurs monastères respectifs, répandent images et prières. Et voilà la plus opposée des sœurs qui organise le 21 juin 1686, pour toute la communauté, une petite fête en l’honneur du Sacré-Cœur. Et l’on ne s’en tient pas là, c’est à qui aura les meilleures idées. On décide alors de faire peindre un grand tableau montrant le Cœur de Jésus. Rapidement l’argent réuni dépasse les espérances, et la supérieure conclut qu’on fera construire une chapelle dans le jardin, où l’on placera ce tableau.

Elle est solennellement bénie le 7 septembre 1688, le tableau accroché. Sr Marguerite-Marie exulte… et reste trois heures en extase dans cette chapelle. Personne n’ose la sortir de ces célestes entretiens.