Voici les paroles que j’entendis au sujet de notre roi : « Fais-lui savoir qu’il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cœur adorable. Je veux régner dans son palais, être peint dans ses étendards, etc. »“ Dieu a choisi le Révérend Père de La Chaise pour l’exécution de ce dessein, par le pouvoir qu’il lui a donné sur le cœur de notre grand roi, ce sera donc à lui de faire réussir la chose ”.

C’est ainsi Sr Marguerite-Marie, à l’été 1689, demande à son ancienne supérieure d’écrire à celle de la Visitation de Chaillot. En effet, le Père de La Chaise fréquente le monastère de Chaillot, où il visite la reine détrônée d’Angleterre. Et celle-ci avait reçu du P. La Colombière un véritable amour du Cœur de Jésus.

Détail de la grande mosaïque, basilique de Montmartre

Il y eut par la suite bien des agitations autour de ce “message à Louis XIV ». Début XVIIIè siècle, une mauvaise lecture du texte fit croire à certains que le Seigneur demandait à ce que l’on mette l’image de son Cœur sur le drapeau français ! Rien de tel en fait : il s’agissait d’un message personnel au roi de France. La politique s’en saisira plus tard.

Louis XIV était alors en position difficile quant à sa foi de chrétien. Il avait connu maintes frasques. À plusieurs reprises sa politique l’avait mis en opposition au Pape. Son ambassadeur à Rome était excommunié pour insolence notoire envers celui-ci. Or le roi se relevait d’une sérieuse et longue maladie. S’il ne s’était pas montré bon chrétien, il était néanmoins sincèrement croyant, et troublé dans sa conscience. Un appel du ciel à la conversion n’a rien d’étonnant. Le Seigneur lui fait connaître à ce moment qu’il la désire publique pour entraîner un renouveau de la foi parmi les grands de ce monde.

La polémique allait se déclencher fin XIXè siècle, au moment où la construction du Sacré-Cœur de Montmartre opposait avec virulence “communards” et “anti-communards”. Et elle reprit lors des défaites de la guerre 14-18, sur la foi d’autres “révélations” prétendues. C’était dénaturer le message de Paray .… Mais le nom de “Alacoque” se prêtait trop bien aux pamphlets et caricatures : on ne s’en priva pas … en se livrant à de pures inventions !

Ce roi “Très chrétien”

Contrairement à ce qu’à voulu faire croire la polémique tardive, Sr Marguerite-Marie savait très bien à quoi s’en tenir sur le compte du “Roi très chrétien”, ainsi qu’on l’appelait officiellement. Un jour, selon la coutume des monastères, sa supérieure lui avait demandé de faire son adoration en tenant la place du roi. Or son esprit s’était vu assailli pendant tout ce temps-là d’images lascives et dépravées ; expérience fort pénible (et unique dans sa vie) qui fit dire à sa supérieure “jamais plus je ne vous enverrai tenir la place du roi !”

La grande plaque commémorative dans la basilique de Montmartre

On ignore totalement ce qui a pu, ou non atteindre Louis XIV. On sait par contre que 100 ans plus tard, Louis XVI, alors en prison et sous l’œil goguenard des révolutionnaires, sa consacra au Cœur Sacré de Jésus, accompagné de toute sa famille. Ne serait-ce pas signe que la demande du Christ se serait secrètement transmise dans la famille royale sur trois générations ?

Sœur Marguerite-Marie n’est pas tout à fait une inconnue pour le confesseur du roi Louis XIV, le P. de La Chaise. Celui-ci en a entendu parler une quinzaine d’années auparavant : lorsque, supérieur direct du P. Claude La Colombière, il prit la décision de l’envoyer à Paray-le-Monial. À cette époque les Pères jésuites, en étroites relations avec la Visitation, se répétaient confidemment entre eux qu’un «cas difficile» y embarrassait fort la supérieure. C’est ce qui motiva l’envoi du Père.