1689 voyage à Paray des pères Croiset et de Villette, les pères Jésuites théologiens du Cœur de Jésus

Lorsqu’il était à Lyon (1679-1681) pour la direction spirituelle d’une quizaine de jeunes jésuites, le Père La Colombière les a conduit au Cœur de Jésus, et beaucoup se sont enflammés. Il leur a parlé aussi de sœur Marguerite-Marie, vraisemblablement sans la nommer…

Mais voilà qu’octobre 1688 le Père Corneille Leau arrive à la résidence de Paray. Et là, on sait quelle est la sœur par qui sont venus les messages du Seigneur Jésus. Le jeune père demande à la rencontrer au parloir, ce qu’il regarde “parmi les bonheurs de ma vie” ! On l’imagine bien se hâtant d’annoncer à ses condisciples de Lyon : “Je l’ai trouvée !” Toujours est-il qu’à partir de 1689 plusieurs de ceux-ci entrent en correspondance avec elle.

Au P. Croiset le 10/08/1689 Sr Marguerite-Marie adresse cette lettre (dont on possède l’Autographe) :

« Quoique ce trésor d’amour [le divin Cœur de Jésus] soit un bien propre à tout le monde, et en qui chqcun a droit, il a néanmoins été toujours caché jusqu’à présent, qu’il s’est particulièrement donné aux Filles de la Visitation, parce qu’elles sont destinées à honorer sa vie cachée ; afin que, leur étant découvert, elles le manifestent et distribuent aux autres. Mais il est réservé aux Révérends Pères de la Compagnie de Jésus de faire connaître la valeur et l’utilité de ce précieux trésor, où plus on prend, plus il y a à prendre …/… Ce divin Cœur répandra tellement sa charité sur leurs paroles qu’elles pénètreront les cœurs les plus endurcis, pour les rendre réceptifs à l’amour de ce divin Cœur ; et les âmes les plus criminelles seront conduites par ce moyen à une salutaire pénitence …/… Que les Pères de la Compagnie de Jésus lui rendent ce qu’il en attend, qui est de travailler de tout leur pouvoir à l’établissement de son règne dans les cœurs »

Sr Marguerite-Marie fait ainsi écho à La vision du 2 juillet 1688 (en la fête de la Visitation), qu’elle avait décrite cette année-là à son ancienne supérieure, la Mère de Saumaise. À présent que plusieurs jeunes Pères Jésuites s’adressent à elle, elle reconnaît en cela l’action du Seigneur, et elle passera la dernière année de sa vie à stimuler de tout son pouvoir leur ardeur à correspondre à cette mission. Sur les lettres qu’elle a adressé au P. Croiset, dix, de grande longueur, nous sont aujourd’hui connues. Cinq ou six autres Pères entrèrent de même en relations avec elle.

” Le Révérend Père de la Pérouse, venu à Paray, désira voir cette Vénérable Sœur, sur l’estime que le R. Père de la Colombière lui en avait témoigné. Quelques jours après il vint en remercier la supérieur, l’assurant que, sans qu’il eût rien dit de ses dispositions, elle lui avait parlé comme si elle avait lu dans son intérieur. ” Contre son habitude elle était allée à ce parloir fort volontiers parce que, dit-elle à sa supérieure, “ aussitôt Notre-Seigneur lui avait fait connaître que ce religieux était très aimé de son divin Cœur. Elle lui dit la même chose du R. Père Rolin. Les Révérends Pères de cette sainte Compagnie avaient pour elle une considération toute particulière. ” (mémoire des Contemporaines, § 313)

Plusieurs fois dans sa correspondance Sr Marguerite-Marie nommera les Pères Croiset, Gette et de Villette, disant “si je ne me trompe, il ne vous réunit tous que pour avancer cette œuvre, Et je pense que tous trois avez assez reçu de preuves de l’amour de ce divin Cœur pour lui rendre ce retour.”

Les Pères Croiset et de Villette décident alors de faire le voyage pour la rencontrer. Hélas, elle est si modeste, si effacée qu’elle ne leur dit pas grand chose … et ils regrettent déjà d’être venus ! Mais intérieurement quelque chose leur dit de persévérer. Et ils seront tellement comblés qu’ils deviendront de fervents apôtres du Cœur de Jésus, y entraînant plusieurs autres