La 3ème année de sa maladie, enfin elle guérit : ce fut aussitôt après avoir fait le vœu à la Sainte Vierge « d’être un jour une de ses filles » (A § 6) (c’est à dire en entrant dans la vie religieuse). Plus tard, elle entendra la voix du Seigneur Jésus lui dire « C’est moi qui te mis en dépôt aux soins de ma sainte Mère, afin qu’elle te façonnât selon mes desseins ». Et dès ce moment, « La Sainte Vierge m’a toujours servi d’une bonne Mère, et j’y avais tout mon recours en toutes mes peines et besoins, avec grande confiance » (A § 22).À 14 ans Marguerite, guérie, est spontanément pleine de gaité et d’insouciance : joie de la santé retrouvée. C’est alors qu’elle prend durement conscience de la situation familiale : sa mère n’a plus aucune liberté dans sa propre maison, ayant dû confier à son beau-frère, l’oncle Toussaint, la gestion de tout ce qui lui appartient. Désormais tantes et grand mère gouvernent tyranniquement tout le quotidien.

Quand on lit dans ce qu’on a appelé l’ «Autobiographie» :« Ma mère s’était dépouillée de son autorité dans sa maison, pour la remettre à quelqu’autres, qui s’en prévalurent de telle manière que jamais elle ni moi ne furent en si grande captivité… nous n’osions rien faire sans permission, c’était une continuelle guerre et tout était fermé sous clef, en telle sorte que souvent je ne me trouvais pas même de quoi m’habiller pour aller à la sainte messe… quelques fois quelques pauvres gens de village me donnaient par compassion un peu de lait ou de fruit… Quand j’entrais à la maison la querelle recommençait plus fort… ces mains se levaient quelques fois pour me frapper» etc. (A § 8)…on peut parfois se demander si les faits n’ont pas grossi dans l’imagination de Marguerite, enfant si sensible et impressionnable. Mais non ! On a aujourd’hui les preuves de la violence de la situation ainsi créée :De nombreux documents notariés ont été retrouvés, qui montrent une animosité des autorités du village envers Madame Alacoque et ses enfants (et l’oncle Toussaint Delaroche fait partie de ces autorités). On a de même la déclaration du conseil de famille constatant à plusieurs reprises l’impossibilité de s’entendre à l’amiable, et réclamant un partage du domaine ; et celui-ci fut très long, en d’âpres transactions. Depuis des années, les contestations d’héritages envenimaient lourdement la situation. Quand sa grand mère décède (Marguerite a alors 16 ou 17 ans) la famille lui a arraché un testament déshéritant totalement les enfants de son fils au profit de ceux de sa fille. Étant donné que Marguerite et ses frères vivaient sous le même toit qu’eux tous depuis leur naissance, cela en dit long sur la gracieuseté des rapports… (Cf. Gauthey III p. 525). Ce dernier testament, fait quelques jours avant de mourir, fut déclaré illégal. Mais la famille Alacoque était la plus riche du village, d’où jalousies farouches.

Et de fait l’incompréhension est totale : d’une part cette famille sans culture où règne la jalousie, chrétiens du dimanche seulement, qui vivent de préjugés énormes, d’autre part ce qui reste du foyer heureux que Marguerite a connu étant petite.

Alors Marguerite cherche un réconfort dans la prière… et elle en vient à fuir ces petits cousins braillards qui ne vont pas à l’école, et dont on voudrait qu’elle s’occupe davantage ; mais comment s’en faire écouter ? alors qu’on se moque continuellement en famille de sa mère et d’elle, et que ces enfants entendent sans cesse des propos désobligeants à leur sujet…