Rentrée à la ferme des Janots (c’est le domaine familial au bourg de Verosvres, où elle est née), elle est soignée avec dévouement par sa mère durant trois longues années. Et ne bougeant pas de son lit, elle ne se rend pas compte alors de l’étendue des incompréhensions et difficultés familiales.Dans cette immobilité forcée, sa vie spirituelle s’approfondit. Elle lit beaucoup les vies des saints, voudrait en trouver de commodes à imiter, car c’est bien le désir de la sainteté qui l’habite.

La lecture des vies de saints l’aura beaucoup marquée. Et à l’époque ces vies sont présentées sous un jour bien particulier, louant surtout l’austérité physique, et des exploits ascétiques qui nous déroutent complètement aujourd’hui. Il faut s’en souvenir pour comprendre certains épisodes, surtout appartenant à son adolescence et aux dix premières années de sa vie religieuse. Mais qui penserait à trouver étranges les réflexions d’un St Ignace de Loyola dans les premiers temps de sa conversion : “Et si je faisais ce que fit St François, et ce que fit St Dominique ? ” (c’est ce que la liturgie de l’Église nous fait lire encore chaque année le jour de sa fête). Or Ste Marguerite-Marie n’a jamais fait que reproduire, et en partie seulement, ce qu’elle avait lu, par exemple chez une sainte Catherine de Sienne, … des excès qui n’ont pourtant pas empêché celle-ci d’être aujourd’hui proclamée “Docteur de l’Église”.

L’erreur serait de se laisser abuser par des comparaisons avec nos temps actuels. Songeons qu’avant Louis Pasteur (fin XIXè siècle) le même scalpel servait à opérer plusieurs malades … dont beaucoup mouraient sans qu’on imagine la contagion, que la marquise de Montespan (1640-1707), favorite de Louis XIV, buvait chaque jour un verre d’urine pour préserver son teint frais, etc. ! On pourrait en citer beaucoup… Nos critères habituels ne s’appliquent pas.

Elle s’adresse plus volontiers à la Sainte Vierge qu’à Dieu lui-même. En effet la piété à l’époque est austère et l’on parle bien plus souvent d’un Dieu juge que d’un Dieu bon…Ici s’enracinent des attitudes spirituelles qui seront des constantes de sa vie , mais elles évolueront fortement, peu à peu, plus tard.