”C’est alors qu’elle va décider, non plus de subir, mais de choisir la situation qu’il lui faut vivre : les personnes qui la font souffrir elle les considèrera désormais comme “les meilleures amies de mon âme” = celles qui vont lui permettre de s’exercer à l’obéissance et au renoncement de la vie monastique qu’elle désire en secret (et qui lui paraît bien difficile) … Et aussi elle décide de sortir d’elle-même, de soigner des pauvres gens, de réunir des enfants voisins pour leur parler de Dieu.

Par suite de la mésentente des adultes, Marguerite vit dans une atmosphère familiale tendue à l’extrême. Elle a vraiment mérité d’être la protectrice céleste de tous les jeunes qui grandissent difficilement au milieu de soucis trop lourds pour leur âge. Et qui, au lieu de se laisser abattre, en font le tremplin d’une vie plus belle !

À 14 ans Marguerite s’était repliée sur elle-même et sur sa souffrance. Mais elle comprend bientôt dans la prière que le Christ est avec elle, et que tout ce qu’il lui laisse souffrir trouve en lui sens et fécondité. Alors ses peines lui paraissent plus légères, même si ça reste difficile : plus légères puisqu’elles ont un sens.

À partir de ce moment elle va chercher à découvrir toujours davantage le sens de ce qu’elle vit. Et c’est ce trait de génie : non plus subir mais choisir la situation qui se présente à elle. Ces personnes qui la persécutent, elle découvre qu’elles peuvent l’aider à se rendre disponible, à grandir dans l’amour en luttant contre ses tendances négatives, à sortir d’elle-même : ce seront “les meilleures amies de mon âme”.

“Dans le temps de sa jeunesse, elle donnait aux pauvres tout ce dont elle pouvait disposer, même ce qu’on lui donnait pour sa nourriture ; elle prenait soin de ramasser les petits enfants pauvres pour les instruire et leur apprendre à connaître Dieu et le servir, ce qui me donna l’occasion de lui dire en riant : “Ma sœur, vous voulez donc devenir maîtresse d’école !” (déposition de son frère aîné au procès de béatification, Gauthey I p. 493)

Hélas les 2 frères aînés meurent de maladie. Pourtant l’atmosphère familiale va bien changer. Chrysostome, le 3ème frère, se marie en 1666 ; il est juge de la Seigneurie du Terreau comme son père, établit son foyer dans le pavillon de maître où ils vivaient autrefois, et devient dès lors protecteur de sa mère et sa sœur. Celle-ci est aux y eux du pays “un bon parti” dans tous les sens du terme, la jeunesse se réunit à la maison et sa mère rêve au mariage de Marguerite : cela lui permettrait à elle d’échapper définitivement à ses persécuteurs ! Plusieurs familles verraient bien Marguerite comme épouse pour leur fils : les demandes en mariage se présentent, et l’on impose à Marguerite de rencontrer les jeunes gens …dont elle ne veut pas ; alors elle sait les éconduire, gracieusement sans froisser personne. Mais elle se trouve apparemment devant un conflit de devoir :tous l’assurent qu’elle doit se marier, et même le curé de la paroisse veut la convaincre que ce serait abandonner sa mère, voire causer sa mort, que d’entrer au couvent !